Inspiration

Des ballons au service des autres

Nous avons rencontré Julie Dautel, co-fondatrice de la société Eonef. Durant cet entretien, il a été question de gestion des énergies, de résilience, mais aussi du parcours d’entrepreneurs avec ses succès et ses difficultés. Un échange en toute franchise, inspirant comme toujours.

Lorsqu’un problème se pose, on dit souvent qu’il faut prendre de la hauteur. Pour Eonef et sa co-fondatrice Julie Dautel, l’expression prend tout son sens. Cette jeune start-up prometteuse propose en effet aux ONG et grands groupes des ballons à hélium, autonomes en énergie, pour donner accès à des zones d’ordinaire inaccessibles.

Une solution qui a valu à ses deux fondateurs de nombreux prix et nominations, et qui répond à des enjeux aussi variés qu’essentiels. Retour sur un parcours atypique.

Peux-tu nous résumer ton parcours en quelques mots ?

J’ai toujours été passionnée par le dessin et le design depuis toute petite, bien que ce soit plutôt des disciplines réservées à une certaine élite. En grandissant, les maths, la SVT ont de plus en plus attirées mon attention, ce qui m’a mené vers la filière scientifique. Après mon BAC, je me suis orientée vers les Beaux Arts du Mans, d’abord en filière générale, puis en Design. C’est au cours d’un voyage au Pays-Bas que j’ai choisi de m’orienter vers un Master aux Arts Déco à Paris. C’est à ce moment que je rencontre Cédric, mon associé actuel, avec qui je suis amenée à travailler sur un concours dont la thématique était “Energies du futur”. En réponse à ce concours, la première version de notre projet actuel Eonef.

Tu as un parcours scolaire assez atypique, d’abord des études d’arts et de design, puis un Master à Sciences Po. Qu’est-ce qui s’est passé ? 🙂

Comme je te le disais, j’ai une formation très orientée Design. Ce qui s’est passé lorsque nous avons commencé à travailler sur Eonef, dans le cadre du concours “Energies du futur”, c’est que je me suis rendu compte qu’il me manquait un bagage “business”. C’est principalement ça que je suis allée chercher à Sciences Po.

[Être entrepreneur] est une qualité naturelle. C'est en soi. On l'a ou on ne l'a pas.

Julie DautelCo founder Eonef

Tu fais partie du G20 Young Entrepreneur Alliance, peux-tu nous expliquer le but de cette organisation ?

Le G20 Young Entrepreneur Alliance est un réseau de jeunes entrepreneurs internationaux, qui se réunissent en amont des sommets du G20 pour réfléchir à des propositions à faire aux membres. J’ai eu l’opportunité de participer à l’édition 2018 à Buenos Aires en Argentine, suite à un appel à candidatures émis par l’OFQJ (Office Franco-Québécois pour la Jeunesse) et Citizen Entrepreneurs. Une super opportunité. L’occasion de rencontrer d’autres entrepreneurs français et étrangers. J’avais également espoir de m’appuyer sur cet événement pour développer nos affaires en Argentine, malheureusement c’est tombé pile au moment où l’économie locale s’effondrait… pas de chance.

Ca signifie quoi pour toi “être entrepreneur” ?

Je pense que c’est une qualité naturelle. C’est en soi. On l’a ou on ne l’a pas. C’est un véritable état d’esprit, il faut aimer être moteur, lancer des projets, aimer découvrir et être curieux de tout. Il faut aussi être suffisamment malléable pour savoir se rechallenger sans cesse et se réorienter.

Tu fondes en 2014 Eonef avec Cédric Tomissi, qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans cette aventure ?

Lors du concours “Energie du futur” auquel nous avons participé. Nous nous sommes vite aperçus que la réponse que nous apportions intéressait les ONG et quelques grands groupes. On a donc trouvé là une vraie opportunité de se lancer. On est designers de formation, ça veut dire que notre état d’esprit c’est d’identifier des problèmes et de trouver des solutions adaptées et réalisables. En concevant les prémices de ce qui allait devenir Eonef, je pense qu’on avait trouvé cette juste voie. Aujourd’hui, Eonef propose des plateformes aériennes autonomes en énergie, sous la forme de ballons à hélium qui permettent l’observation de zones difficiles d’accès, soit en raison d’une catastrophe naturelle, soit simplement à cause de la zone géographique elle-même.

Derrière Eonef, il est beaucoup question de résilience. Peux-tu nous expliquer ce que vous mettez concrètement derrière ce mot, et comment vous agissez au quotidien sur ce phénomène ?

Pour nous la résilience c’est agir de manière systémique. On voudrait vivre dans un monde où tout le monde pourrait évoluer et se relever après une catastrophe, aller de l’avant et se reconstruire ensemble. C’est à ce système là que nous voulons appartenir avec Eonef.

On est parti de zéro. Il a fallu prouver, sans cesse, que notre vision pouvait être exécutée et que ça fonctionnerait.

Julie DautelCo founder Eonef

Vous êtes un acteur de l’économie sociale et solidaire. Qu’est-ce que ça signifie pour toi, et pourquoi as-tu voulu t’engager dans cette voie ?

Avec Cédric, on a toujours voulu s’engager dans une voie qui aide les autres. Apporter notre contribution aux sujets de société. On avait d’abord pensé à un engagement associatif, mais on s’est vite aperçu que ça limitait considérablement la portée de nos actions. On s’est donc orienté sur l’écosystème ESS (Economie Sociale et Solidaire). Toutes nos actions sont tournées vers la production d’un impact économique, humain, écologique et social.

Vous avez mené une mission sur l’île de la Réunion autour de l’observation des populations animales. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, il s’agissait du premier déploiement hors métropole d’Eonef. Nous avons positionné une antenne en hauteur (sous un ballon) pour capter le mouvement de rapaces depuis leurs nids jusqu’à leurs territoires de chasse en mer. Ce suivi permet aux scientifiques de mieux connaître leur mode de vie, et de travailler sur la préservation des espèces. On est très fier de cette mission.

La question énergétique est également un sujet important pour Eonef. Pourquoi cette question est-elle de plus en plus présente, et quels sont les enjeux ?

Pour nous, le sujet de l’énergie est primordial. Ne serait-ce que par notre activité. Nous intervenons sur des zones sinistrées ou très difficiles d’accès. Il n’y a donc pas possibilité de brancher une simple prise pour faire fonctionner nos dispositifs. On a donc dû se pencher très tôt sur la façon dont on pourrait gérer l’apport d’énergie sur nos ballons. La solution qu’on a trouvé, c’est de coupler l’énergie solaire avec des batteries portables.

Un projet aussi ambitieux n’a pas dû être facile à lancer. Quels ont été les principaux obstacles que vous avez rencontré ? Et comment les avez-vous surmonté ?

Les principaux obstacles ont été financiers. Comment faire pour monter nos premiers prototypes, constituer une équipe complémentaire, etc… On a dû batailler pour combler notre manque de crédibilité au commencement car ni Cédric, ni moi ne possédions une expertise particulière sur notre secteur à la base. Nous ne sommes ni ingénieurs, ni commerciaux. Nous n’avions pas de réseau dans notre domaine d’activité. On est parti de zéro. Il a fallu prouver, sans cesse, que notre vision pouvait être exécutée et que ça fonctionnerait. On a réussi à passer les différents jalons vitaux pour survivre, et on est encore là !

Est-ce que tu as déjà eu envie de tout arrêter ?

Dans un parcours d’entrepreneur, il y a toujours des moments plus difficiles que d’autres. Des moments où tu te remets en question et où tu penses à lâcher. Mais la ténacité prend toujours le dessus. Mais clairement, si nous n’avions pas pu atteindre certains objectifs clés, comme le décrochement de certains financements, nous aurions été contraints d’arrêter.

Si oui, comment as-tu retrouvé la motivation ?

En atteignant nos objectifs !

Ca signifie quoi pour toi être une femme entrepreneure en 2019 ?

Honnêtement : rien. Pour moi il n’y a pas de différence entre hommes et femmes dans ce domaine. On relève les mêmes défis. Si il m’arrivait d’être discriminée par un interlocuteur pour ça, c’est que nous ne sommes pas faits pour bosser ensemble, je passe mon chemin et la vie continue. Je ne vais pas changer de sexe pour ça !

Quel conseil donnerais-tu à un jeune entrepreneur qui souhaite se lancer ?

Tester avant de se lancer. Bien s’entourer. Trouver un partenaire fiable, solide, complémentaire avec qui construire. Seul, on fait plus d’erreurs car on n’a personne avec qui confronter ses idées. Et puis surtout, il faut se lancer. Le concept c’est bien, le concret c’est mieux.

Pour finir, que signifie "Be Healthy" pour toi ?

Se sentir bien avec soi-même et avec les autres, droit dans ses bottes. Pour moi “Be Healthy” ça va avec “Be Happy”, les deux sont liés. Il faut se concentrer sur le basique, ce qui est important pour soi. On ne peut pas se contenter de “ne pas avoir le temps”. Si on a envie de faire quelque chose, on le fait. Ce n’est pas une question de temps. Il faut se connaître, connaître ses besoins, et les faire rentrer dans son agenda. C’est ça la clé d’un mode de vie “Healthy”.

Eonef est actuellement en campagne de cowdfunding sur la plateforme Sowefund. Objectif : lever 200 000 € pour se développer et aider les populations victimes de catastrophes naturelles, ou encore favoriser la connaissance de la faune dans certains régions difficilement atteignables. Pour participer, c’est par ici !

Pour en savoir plus sur Julie, vous pouvez la suivre sur Linkedin ou son site