Inspiration

L’éducation, une des clés pour l’égalité Hommes / Femmes

Certains parcours sont tout tracés. De la formation au projet entrepreneurial, tout est lié. Ce n’est pas le cas de Sharon Sofer, et c’est ce qui nous a notamment motivé à la rencontrer. Empowerment des filles, sources d’inspiration, égalité hommes / femmes… Une vision forte que Sharon développe dans cet entretien.

Il est des questions qu’on aimerait ne plus avoir à se poser en 2019. Par exemple la rondeur de la Terre, l’existence des Reptiliens ou encore l’inégalité Hommes / Femmes. Si les premières n’impactent finalement que la vie de ceux qui souhaitent se les poser, la dernière est un réel problème de société. Surreprésentation des temps partiels, salaires plus faibles, sous-représentation dans les sports professionnels, on pourrait faire ici une liste longue comme le bras des sujets de discrimination à l’encontre des femmes.

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer Sharon Sofer, présidente de la société AgitEdu, qui organise depuis 2015 les désormais incontournables éditions Startup For Kids, dont un des axes forts est l’empowerment des filles. L’occasion de revenir sur son parcours, sa vision des inégalités Hommes / Femmes en 2019, mais aussi son addiction au séries TV…

Peux-tu nous résumer ton parcours en quelques mots ?

J’ai toujours travaillé dans la tech – je peux dire toujours, cela fait plus de 20 ans que je travaille 🙂 – par passion. Je suis une geek dans l’âme, je suis fascinée par les nouveaux usages et tout ce que l’innovation peut apporter. Après des études chaotiques – j’ai eu la chance de faire mon premier stage dans une Startup Française implantée dans la Silicon Valley. Depuis, les choses se sont enchaînées assez naturellement pour moi avec des expériences qui ont toutes été très enrichissantes.

En 2015, tu crées Startup For Kids. Peux-tu nous en dire deux mots ?

Ca a été le fruit d’un vrai hasard et il n’y avait aucune intention de créer un projet dans la durée. L’idée de départ était de faire venir une classe pour des ateliers à 42, l’école de programmation … de fil en aiguilles ça a été 30 startups, 1500 visiteurs, une cinquantaine d’étudiants de 42 impliqués.

Le genre de situation où quelques jours avant le jour J, tu te dis “Mais qu’est ce que j’ai encore fait …” – parce que bon, j’avoue, c’est pas mal dans ma nature de m’embarquer dans des aventures sans vraiment mesurer l’ampleur de la tâche. Sans revenir sur l’histoire, cette édition a été très particulière et nous avons collectivement tous eu envie de reconduire l’événement l’année suivante. C’est seulement après cette seconde édition que j’ai décidé de pérenniser et structurer le projet.

Quand on parle d’empowerment de filles, c’est aussi et surtout leur donner les conditions de cet empowerment et donc éduquer les parents et la société

Sharon SoferPrésidente de Startup For Kids

Quel est le constat de base qui t’a motivé à lancer cette société ?

Tout au départ, la motivation était de mettre en valeur les projets éducatifs innovants auprès des familles, des enfants et des enseignants. Avec les années, l’objectif a évolué et notre mission est aujourd’hui d’accompagner dès le plus jeune âge l’exploration de l’innovation en matière d’éducation (technologique, nouvelles façons d’enseigner, développement des compétences du futur, etc …), la découverte des nouveaux métiers ou encore le développement de la créativité pour devenir acteur de son futur.

L’empowerment des filles est un axe fort de Startup For Kids et un sujet d’actualité aujourd’hui. Pourtant on constate que les choses peinent à évoluer. A quoi cela est dû selon toi ?

C’est un sujet complexe et délicat tant dans l’analyse de ses ressorts que dans les solutions pour le régler. Nous sommes toujours dans une société largement dominée par les hommes. Cela reste le modèle explicite ou implicite. On le voit au travers des rôles clés dans les entreprises ou encore dans la répartition des tâches au sein des familles.

D’un côté, et souvent inconsciemment, en tant que “corps institutionnel” les hommes n’ont pas vraiment d’intérêt à un bouleversement de cette situation. D’autre part, ce modèle “patriarcal” de société est ancré et nous avons du mal à surmonter les biais dont nous sommes victimes, cela demande un énorme effort ne serait-ce que de “conscientiser” le problème.

En gros, quand on est une fille, on a le package “chambre rose, poupée, sage et polie, études de droit pour choisir un bon mari” – je caricature, mais on reste dans des schémas de genres très marqués – encore démontré par de nombreuses études. Donc c’est un problème global de société et quand on parle d’empowerment des filles, c’est aussi et surtout leur donner les conditions de cet empowerment et donc éduquer les parents et la société.

A quel âge commence cet empowerment ?

Au moment où les parents apprennent qu’ils attendent une fille ! Dès cette annonce (ou découverte si c’est au moment de la naissance…), on projette énormément de choses sur nos enfants qui vont immanquablement marquer la façon dont on les éduque, les histoires qu’on va leur raconter ou encore les ambitions qu’on va leur insuffler. Le syndrome du “Sois belle ma fille, sois fort mon fils”.

Est-ce qu’il existe des pays plus en avance sur ce genre de sujets et dont la France pourrait suivre le modèle ?

Tout d’abord, je trouve essentiel de souligner que quand on voit le recul du droit des femmes à disposer de leur corps aux Etats-Unis, avec une grande difficulté d’accès à l’avortement à peu près partout dans le pays et l’interdiction totale dans certains états, je trouve que ce sont des signaux très inquiétants sur la place des femmes dans la société.

Pour ce qui est du monde professionnel, en France, l’écart des salaires Hommes / Femmes reste toujours de 15% et l’accès aux postes à responsabilité reste difficile pour les femmes. Je suis favorable aux politiques de quotas ou d’imposition légale de l’égalité salariale. C’est potentiellement injuste au niveau individuel, mais il y a un rattrapage majeur à faire pour qu’en une ou deux générations maximum – la parité et l’égalité soient la norme.

Il est toujours compliqué de parler d’exemple dans les pays étrangers car les politiques nationales sont toujours dictées par des contextes. Par exemple, l’Islande est assez en avance sur le sujet avec une loi imposant l’égalité salariale, mais c’est un petit pays et le travail des femmes y est nécessaire depuis longtemps pour atteindre un dynamisme économique. Au Danemark, réputé pour être avant-gardiste, les hommes ont le droit à des congés paternités substantiels, mais les études montrent qu’à partir de la naissance du premier enfant, les écarts de salaires augmentent significativement.

Il n’y a malheureusement pas de réponses simples mais des politiques et actions transverses à mettre en place. Ce qui est absolument certain, c’est que rien ne changera s’il n’y a pas d’actes.

Notre mission est aujourd’hui d’accompagner dès le plus jeune âge l’exploration de l’innovation en matière d’éducation

Sharon SoferPrésidente de Startup For Kids

Vous avez eu l’opportunité de participer à des évènements d’ampleur comme Viva Tech. Comment fais-tu pour rendre la société visible ?

Je passe énormément de temps à “réseauter” – je vais souvent à des conférences, je suis dans des incubateurs / accélérateurs / réseaux. Bon, il faut dire que par nature, j’aime cela, j’adore les échanges professionnels dans des cadres plus informels qu’un rendez-vous business j’accepte souvent de prendre un café sans agenda juste pour faire connaissance. Je crois à la force du réseau, à la richesse de travailler avec d’autres. C’est une grosse partie de mon travail, j’y consacre pas mal de temps.

Pourquoi l’initiation au code est-elle si importante selon toi ? Et pourquoi n’est-ce pas plus présent dans les programmes scolaires ?

Pour moi ce qui est essentiel, c’est de s’initier aux compétences du futur, le code n’est qu’un des aspects. C’est le fameux “apprendre à apprendre”. Nous sommes dans un monde où tout le savoir est disponible – ce qu’il faut, c’est donc savoir lire la carte au trésor ! Des compétences comme le travail collaboratif, l’empathie, la créativité, l’esprit critique, etc … sont encore peu valorisées, même si les programmes évoluent. C’est pourtant de cela dont on aura de plus en plus besoin, et franchement, je trouve ça plutôt passionnant.

Dans votre communication, il est beaucoup question de préparer les enfants au monde de demain. A quoi ce monde ressemblera-t-il selon toi ?

C’est toute l’ambivalence de ce message … Nous n’en savons pas grand chose … à priori, il sera technologique (de toutes façons, s’il ne l’est pas, c’est qu’on a de très gros problèmes par ailleurs, donc autant faire ce pari) – et justement, comme on ne sait pas trop, on en revient à ces fameuses soft skills qui sont quelque part une trousse à outils pour aborder ce monde dont on voit encore mal les contours.

Quels ont été les principaux freins que tu as rencontré au lancement de ta société ?

Je dirais assez peu, mais c’est surtout parce que j’ai essuyé énormément de plâtres sur mon projet précédent. Ca m’a permis d’énormément apprendre, de bien connaître le secteur et ses acteurs, et de bien me connaître moi en tant qu’entrepreneur.

Quel serait ton top 3 des femmes de la tech que tu nous recommandes de suivre en 2019 ?

Sophie Viger à la tête de 42 parce qu’elle est très déterminée dans la lutte sur la parité, Isabelle Kocher – Directrice Générale du groupe ENGIE – car les femmes commencent à occuper des postes de direction dans les grands groupes et elle est une de celles qui ouvre la voie. Enfin, toutes les femmes de la #EdTech parce que c’est un secteur très difficile dans lequel il faut un engagement fort !

Pour finir, que signifie "Be Healthy" pour toi ?

Un combat ! C’est contre nature pour moi, une sorte de graal à atteindre, je pense que j’ai tous les travers : trop de gras, trop de sucre, pas assez de sport, trop d’écran …. Je me fixe ainsi souvent des objectifs …. J’ai globalement arrêté la viande depuis 6 mois, là je vais arrêter le sucre… Je me suis remise (enfin mise) au sport l’an dernier …. et j’aimerais réduire ma consommation de séries, mais ça je ne suis pas prête …. Bref, mes résolutions pour les 10 années à venir !

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